A Propos de l'Ordre
Le Bâtonnier
Le Conseil de l'Ordre
La Caisse de la Retraite

Rôle Patriotique

Le Barreau de Beyrouth a accompagné tous les événements majeurs à conséquences nationales ou régionales, prenant les décisions et positions s’y imposant.

La lutte nationale du Barreau ne se confine pas au volet politique; elle a pour point de départ la profession elle-même. En effet, le 12/11/1943, les avocats, solidaires de leur Barreau, ont uni le front à l’issue de l’arrestation des membres du premier gouvernement d’indépendance, à la tête desquels figurait le Président de la République, et ont déclaré une grève générale ouverte jusqu’à libération des détenus; c’était là, l’une des multiples facettes de la lutte menée par le Barreau pour une nation libre, souveraine et indépendante.

Le Barreau organisera une autre grève à l’issue de ce qui fut considéré comme une agression menaçant l’indépendance du Liban, lorsque, sur ordre du gouvernement Français, des unités armées ont débarqué sur les plages libanaises sous prétexte de protéger les ressortissants français résidants au Liban, qui organisaient des manifestations hostiles au gouvernement libanais ; cette mesure entre dans le cadre de la politique nationale menée et adoptée par l’Ordre des avocats depuis sa création.

En signe de reconnaissance pour le rôle pionnier du Barreau lors de la lutte pour l’indépendance, le gouvernement libanais décide, sous le mandat du Président Béchara el Khoury, de lui décerner la médaille de la lutte nationale, une décoration honorifique instituée en vertu de la loi du 19 Novembre 1945, et accordée à ceux ayant lutté pour le Liban lors des événements du 11/11/1943.

La lutte menée par le Barreau a transcendé la scène libanaise pour soutenir les causes des pays arabes victimes d’agression, et en premier lieu la cause palestinienne. Le Barreau a pris à cet égard une position jugée nationaliste et clairvoyante, lorsqu’il proposa le 25/8/1947 au bureau permanent de l’Union des avocats arabes d’envoyer un télégramme de protestation à la Société des nations contre la situation en Palestine. Cette proposition eut lieu quatre mois avant la déclaration du plan de partage de la Palestine.

Par ailleurs, le Barreau a envoyé une missive de protestation à la Société des Nations afin d’imputer à la communauté internationale qu’elle représente la responsabilité des développements en Palestine.

Il convient de signaler à cet égard que le Barreau, dans ses prises de positions nationales, a su distinguer le national du politique. Cette distinction fut et demeure la soupape de sécurité et le bouclier de l’unité des avocats, même dans les pires circonstances qu’a connues le pays.

A chaque agression israélienne contre le Liban ou tout autre pays arabe, les avocats, unanimes, ripostaient par une condamnation et une dénonciation, appelant les agences et organisations internationales, dont notamment l’ONU, à agir ; ils envoyaient également des missives aux grandes puissances ainsi qu’aux différentes fédérations et unions d’avocats de par le monde, les appelant à soutenir le Droit et la Justice au sein de la communauté internationale comme condition sine qua non pour la paix.

La position du Barreau vis-à-vis de la guerre libanaise, qui dura dix-sept ans, fut l’épreuve la plus difficile et ardue pour l’unité de la décision nationale au sein de l’Ordre des avocats de Beyrouth. 
Cette position nationale saine fut exprimée dans le geste et la parole par les différents Conseils de l’Ordre. 
 En novembre 1974, sous le mandat du Bâtonnier Roger Chikhani, les prémisses de la guerre se firent sentir, et dès que celle-ci éclata, le Bâtonnier Chikhani, qui n’avait été élu que quelques mois auparavant, mû par un sentiment patriotique et soutenu par les avocats et les membres du Conseil de l’Ordre, a veillé avec dévouement à la préservation de l’unité du Barreau, pour en faire un symbole vivant de l’unité du pays. Amère, ardue et dangereuse fut la lutte du Barreau à cette époque, car le Bâtonnier et ses confrères, membres et employés du Barreau, ont dû protéger le palais de justice ainsi que le siège du Barreau, et notamment les documents et dossiers qui s’y trouvaient, contre les bombardements et les pillages, tout en continuant à servir de pont entre des avocats séparés contre leur gré, pour préserver et garantir l’unité de la patrie par le biais de l’unité du Barreau.

A maintes occasions, le Bâtonnier Chikhani a évoqué cette réalité amère et s’est déclaré déterminé à la combattre quelque soit le prix à payer et les sacrifices à consentir, ce qui lui a valu les remerciements du ministre de la Justice qui lui adressa une lettre de gratitude pour le remercier, ainsi que le Barreau, des efforts déployés, efforts sans lesquels la Justice aurait été dépourvue de son Palais et un Palais qui aurait vu son intégrité se dissiper. 
Le Bâtonnier Chikhani a toujours appelé les confrères ainsi que les citoyens à ne pas négliger les textes de lois et les règles d’éthique, véritables boucliers indispensables pour la survie du Liban. La lutte du Bâtonnier Chikhani a été couronnée par un transfert de mandat à son successeur qui fut élu le 15/11/1981, lors d’une journée nationale mémorable, durant laquelle les avocats ont exprimé leur attachement à la liberté et la démocratie. 
Parmi les propos tenus par le Bâtonnier Chikhani ce jour-là figure un discours d’adieu :
« Chers collègues, nous vous souhaitons la bienvenue à la Maison de la Justice et du Droit, Votre Maison. Rassemblés, vous luttez ensemble pour défendre le droit, unis par une position inébranlable, qui est demeurée inchangée malgré les circonstances difficiles qu’a connues – et que connaît toujours – notre cher pays, des circonstances qui y ont causé beaucoup de destructions sans pour autant pouvoir annihiler l’Homme libre, croyant en Dieu, en sa patrie et en la justice, un Homme libre que vous, hommes de droit, représentez au mieux.  
Votre Conseil d’Ordre vous a accompagné, et continue à le faire, dans ces circonstances difficiles, il a partagé, et partage toujours, vos souffrances, car vous êtes sa source et sa finalité.  
Ces circonstances ne peuvent que renforcer votre Conseil d’Ordre à une époque où la majorité des institutions se sont désintégrées. Votre Conseil d’Ordre s’est élevé au-delà des contradictions et a fait de la guerre et de l’anarchie une motivation pour préserver le rôle disciplinaire et pionnier que les avocats sont réputés avoir joué depuis la création du Barreau. 
Ignorant les dangers, il a également assumé son rôle, en veillant au bon fonctionnement des travaux au sein du Barreau. Chers collègues, il nous incombe aujourd’hui de soumettre, à titre indicatif, à votre honorable assemblée, quelques unes des réalisations de votre Conseil :
1- Votre Barreau fut le premier  à scander haut et fort la souveraineté, l’état de droit, la liberté individuelle et l’unité de la patrie dans bon nombre de déclarations souvent publiées dans des circonstances où le droit fait défaut et le pouvoir s’est désintégré. 
2- Le Conseil de l’Ordre a appelé à une congrès national qui s’est tenu en date du 26/2/1976 au siège du Barreau ; il a également convié, à maintes occasions, les présidents et membres de l’Ordre des Médecins, l’Ordre des Ingénieurs et l’Ordre des Pharmaciens ainsi que d’autres, mais les circonstances n’ont pas favorisé le succès de ces conférences et initiatives en raison des divergences d’opinions. 
3- Dès le début des événements, le Conseil de l’Ordre avait appelé à la démilitarisation, partant du principe que la violence engendre la violence et complique la situation au lieu de résoudre le problème. Le Conseil a entrepris des contacts à cet effet, toutefois, les circonstances n’aidant pas, il n’a pu réaliser l’objectif escompté. 
Le Conseil de l’Ordre a revendiqué la poursuite en justice et la sanction des coupables en cas d’atteinte à la personne, la liberté ou les biens d’un avocat.
Le Barreau a servi d’exemple aux citoyens, un exemple à suivre en matière d’unité nationale, en préservant son unité et en servant de pilier majeur nécessaire pour la reconstruction d’une patrie.
A la lumière des circonstances difficiles qu’a connues le pays, le Barreau s’est attelé à résoudre les difficultés auxquelles se trouvaient confrontés les avocats à plus d’un niveau.
Ayant l’intérêt des avocats et des citoyens à cœur, le Conseil de l’Ordre a déployé des efforts considérables afin de protéger le Barreau, le Palais de Justice, le Registre de Commerce ainsi que le Ministère de la Justice, et a réussi à atteindre cet objectif. Le ministre de la justice a d’ailleurs envoyé une lettre de remerciement au Bâtonnier et à l’Ordre en guise de reconnaissance de ces efforts ».

A l’issue des élections, la victoire de Issam Fouad El Khoury fut déclarée, et ce dernier devint le nouveau Bâtonnier de l’Ordre des avocats. 
En prolongement du parcours de son prédécesseur le Bâtonnier Chikhani, le nouveau Bâtonnier Issam el Khoury  a eu à son actif d’importantes réalisations au niveau national, dont celles résumées ci-après :
Nonobstant les événements graves de l’époque, et les multiples affres tant au niveau humain que national, l’Ordre des Avocats a reflété, par les actes, les positions et les témoignages, l’image d’un Liban libre, démocrate et ouvert où règne l’état de droit. En novembre 1981, des élections se sont tenues après sept ans d’abstention involontaire. Le palais de justice a été témoin d’une manifestation nationale majeure, caractérisée par la présence de plus de mille avocats toutes confessions et partis confondus, qui ont surmonté tous les obstacles et afflué de toutes les régions pour participer à des élections démocratiques, des élections jugées comme la meilleure réponse au climat de terrorisme et de violence prévalant à l’époque.  
Ces élections furent le reflet authentique de la démocratie libanaise et se sont soldées par la victoire de : Issam Fouad El Khoury en tant que Bâtonnier et messieurs Michel Khattar, Mohamad Chehab, Fayez Nsouli, Mohamad El Sahily, Michel Lyen, Georges Melki, Marcel Sioufi, Issam Karam, Amin Khoury, Samir Hayek, et Victor Daou en tant que membres. 
Cet événement démocratique unitaire ne n’est pas uniquement manifesté par la tenue de ces élections mais a également donné lieu à de véritables festivités nationales, au cœur desquelles figurait le Barreau, et ce, à l’occasion de visites effectuées par les membres du Conseil de l’Ordre dans les différentes régions et mohafazats comme Sidon, Zahleh, Aley et Tripoli. Ces rencontres constituaient des alternatives authentiques au climat de ségrégation et de violence instauré par la guerre et ses armes douteuses. 
Considérant les élections comme le reflet et le symbole d’une finalité plus importante, plus profonde et plus authentique, l’Ordre des Avocats a tenu à créer de multiples relations au niveau national, parmi les plus importants liens ainsi tissés :
1- De solides liens entre le Conseil de l’Ordre et le Parlement.
2- Une relation rapprochée et solide avec le corps judiciaire
3- Une relation dynamique avec les médias
4- Une relation directe avec les confrères, et un lien particulier avec les avocats stagiaires embrassant la profession dans les circonstances exceptionnelles de la guerre.
En juin 1982, lors de l’invasion israélienne du Sud Liban qui s’est prolongée jusqu’à la capitale Beyrouth, l’Ordre des Avocat a fait preuve d’une prise de position libre, qui s’est manifestée par un communiqué dans lequel il condamnait l’occupation israélienne, revendiquait la levée de l’embargo contre Beyrouth et appelait à sauver le Liban du conflit régional et international faisant rage sur son territoire. 
Toutefois, la nomination du Bâtonnier Issam El Khoury au poste de ministre en date du 7/10/1982 l’a empêché de compléter son mandat ; il fut alors remplacé par le secrétaire de l’Ordre, Mohamad Chéhab, devenu ainsi Bâtonnier par procuration. 
Le Conseil de l’Ordre a ainsi continué à assumer le rôle syndical et national du Barreau en toute solidarité et responsabilité durant ces mêmes circonstances difficiles. Il adopta une position sage et clairvoyante lors de la tenue des deux conférences de Genève et de Lauzanne, durant lesquelles il présenta au nom des syndicats des professions libérales et en son nom propre, un document résumant ses points de vue et aspirations concernant les processus de réforme et d’entente nationales. 
Il convient de noter que la période durant laquelle Mohamad Chéhab était à la tête de l’Ordre fut parmi les plus difficiles que le Liban ait connues. En effet, l’occupation israélienne s’étant étendue à plus d’une région les déplacements sont devenus difficiles. Malgré ceci, le travail ne s’est pas arrêté au Barreau, qui demeura un abri sûr où l’avocat peut trouver refuge lorsqu’il y a lieu. 
Le Barreau a pris des positions patriotiques à la lumière des circonstances fatidiques que connaissait le pays. Considérées comme faisant partie intégrante de la mission du Barreau et de son devoir de défendre les libertés et l’état de droit, ces positions étaient clairement exprimées par le Conseil de l’Ordre ou encore par Mohamed Chéhab. Parmi ces positions, un appel au soutien du pouvoir légitime et du dialogue entre les fils de la patrie, une dénonciation de l’agression ciblant l’armée libanaise et de la détention des ministres, un soutien du dialogue et du cessez-le-feu. 
Dans le cadre de l’appel au dialogue, l’Ordre des Avocats a convié les Présidents des syndicats des professions libérales à une réunion au siège de l’Ordre afin de discuter des mesures à prendre pour réaliser cet objectif. 
C’est pourquoi l’Ordre des Avocats a répondu à l’invitation du Président de la République de l’époque lorsque ce dernier a voulu consulter les syndicats des professions libérales à propos d’une conférence sur le dialogue national. L’Ordre des avocats a ainsi participé aux côtés de ces associations à un entretien avec le Président et lui a fait part de ses points de vue quant à la situation libanaise, ainsi que des requêtes et revendications du peuple libanais. A l’issue de l’entretien, un mémorandum fut rédigé au siège de l’Ordre en collaboration avec les autres syndicats et associations, pour être ensuite soumis au Président de la République en date du 27/10/1983. Ce mémorandum fait état de la situation et des moyens pour y faire face, expose les prérequis pour une entente nationale ainsi que les requêtes urgentes des libanais et aborde les principes de base sur lesquels les libanais s’accordent. 
Pour en revenir aux principes cités dans le mémorandum susmentionné, ils seraient presque les mêmes que ceux figurant dans les textes de l’accord du Taëf et de la nouvelle constitution libanaise.

Le rôle du Barreau a transcendé les frontières nationales pour soulever la cause libanaise lors des différentes réunions tenues par le Bureau permanent de l’Union des Avocats Arabes et l’Union Internationale des Avocats. 
En effet, lors de sa réunion qui s’est tenue en Algérie du 19 au 22 janvier 1983, le bureau permanent de l’Union des Avocats Arabes a formulé une recommandation dans laquelle il a salué « l’héroïque peuple libanais qui a consenti des sacrifices et a œuvré inlassablement à préserver l’unité de son territoire, son indépendance et ses principes. Le bureau a de même appelé les responsables des pays arabes à offrir leur soutien au Liban et contribuer à la reconstruction de ses institutions et villes détruites ou endommagées par l’invasion israélienne… ».
Par ailleurs, lors de sa réunion au Luxembourg en date du 3/7/1983, le bureau permanent de l’Union des Avocats Arabes a pris une décision stipulant son soutien au Liban :
« Les membres de l’Union Internationale des Avocats réunis au Luxembourg en date du 3 juillet 1983 réitèrent leur profonde sympathie aux confrères libanais ainsi que leur confiance en eux et leur font part du soutien qu’ils leur portent dans leur lutte pour la paix, la liberté et l’indépendance de leur pays et de l’Ordre des Avocats du Liban ».
En outre, lors des conférences de Genève et Lausanne, le Conseil de l’Ordre présidé par Chéhab, a présenté, au nom des autres syndicats de professions libérales et en son nom propre, un mémorandum faisant état de ses points de vue concernant les processus de réforme et d’entente nationale. Cette initiative fut d’ailleurs saluée par le Bâtonnier Issam El Khoury dans ses propos portant sur cette époque.

Les développements qu’a connus le pays aux niveaux sécuritaire et national sous le mandat des Bâtonniers précédents, à commencer par le Bâtonnier Chikhani, sont demeurés inchangés sous le mandat du nouveau Bâtonnier Issam Karam, qui fut élu et entra en fonction au mois d’Octobre 1983, une période considérée délicate également au niveau national. 
« Face à la division des libanais, l’Ordre des avocats a tenu à ce que l’intérêt publique prime sur l’intérêt professionnel, en application du slogan : la préservation de l’unité du Barreau entraîne la préservation de l’unité de la patrie ».
Les communiqués émanant de l’Ordre des Avocats sont ainsi devenus de véritables slogans rédhibitoires à cette époque :
« Nous croyons en un Liban, uni, souverain, libre et indépendant, dont l’ouverture au monde arabe se base sur la compréhension, la tolérance et le rationalisme » .
« La profession juridique est le bouclier des valeurs de liberté, de démocratie et d’ouverture ; la profession juridique est l’arène la plus saine et adéquate pour la mise en pratique de ces valeurs ».
«Espérons que ces sacs de sable que l’on est en train d’enlever sur la route Musée Barbir seront les derniers souvenirs de la division des libanais et de la ligne de démarcation qui a scindé la capitale en deux… ».

En accueillant les handicapés venus manifester devant le palais de justice après avoir franchi la ligne de démarcation, le Bâtonnier Karam s’adresse à eux par ces propos: 
«Vous n’êtes pas handicapés. Les handicapés sont ceux qui ont fait de vous des handicapés »
Il convient de signaler que le Bâtonnier Issam Karam a, tout au long de son mandat de deux ans, considéré l’intérêt public comme l’une des principales priorités de l’Ordre et de son Conseil. Cette importance accordée à l’intérêt public et aux développements d’actualité est reflétée notamment dans le communiqué final émis par le Conseil à l’issue de la réunion à huis clos qui s’était tenue du 27 au 30 Septembre 1984 à l’hôtel « High Hill », à Bikfaya, dont nous citons ci-après les paragraphes suivants :
Le Conseil de l’Ordre des avocats a tenu sa réunion de 1984 à huis clos à l’hôtel « High Hill » à Naas / Bikfaya du 27 au 30 Septembre 1984, sous la présidence du Bâtonnier Issam Karam et en présence des membres : Mohamad El Sahily, Secrétaire ; Georges Melki, Trésorier ; Victor Daou, délégué du Palais de Justice ; Mohamad Chehab ; Michel Khattar ; Raymond Eid ; Marcel Sioufy ; Michel Elian ; Samir Abillamaa ; Elias Hanna et Salim Gharios.

Le Conseil de l’Ordre a débattu de questions d’intérêt public relatives au Liban, prenant en considération la part de contribution du Barreau à la vie publique ainsi que son rôle de guide. Le Conseil a également débattu des garanties sociales de l’avocat et de l’amendement de certaines lois et règlementations du Barreau. Par ailleurs, il a fait le point sur les dangers auxquels fait face le Liban, et notamment ceux qui menacent ses chances de sortir du cercle de danger. Il s’est penché sur la décadence qui a frappé, et frappe toujours, de plein fouet les valeurs et les mœurs libanaises. Il a ensuite examiné avec intérêt les moyens lui permettant de mettre un terme à la dégradation sécuritaire en escalade et de faire renaître le pays de ses cendre, en redonnant du souffle à ses fils et remontant leur moral afin de retrouver un Liban dans sa totalité, à savoir, une patrie, un état, un territoire, une indépendance, des mœurs, des valeurs, une économie et des institutions. Le Conseil a également exprimé le souhait de voir les institutions majeures retrouver leur rôle actif en matière de mobilisation des citoyens afin d’ancrer la confiance générale en un Liban charriant toutes les composantes vitales, en un peuple gardant espoir malgré tout ce qu’il a connu depuis 1969, en un avenir qui sera une étape de foi et un oasis d’espoir pimentant le long parcours du pays. Les nations ne se construisent pas spontanément et par hasard, mais plutôt au prix de grandes souffrances ; l’histoire est d’ailleurs le professeur le plus éloquent en la matière et le juge le plus dure. Un examen de conscience permettrait aux libanais de réaliser le nombre de dangers qui auraient dû être contournés pour éviter d’en arriver là. 
Afin de sortir de la crise en cours, le Conseil de l’Ordre a jugé nécessaire de :
1- Mettre un terme à la dégradation des mœurs et valeurs, notamment à l’issue de la décadence morale qui aveugle le Liban, et la corruption qui s’infiltre partout jusqu’à atteindre le noyau même de ces valeurs. Nous appelons à une lutte contre la corruption afin de renforcer les valeurs morales et éthiques dans tous les domaines, en partant des bancs d’école et jusqu’au sommet de la pyramide.
2- Instaurer un Etat puissant qui puiserait sa force des valeurs morales et éthiques en premier lieu, sa foi des principes de liberté, de démocratie et d’égalité en second lieu, et enfin de l’unification de la pensée et des idées libanaises. Un Etat ne saurait être puissant et uni sans une armée unie, des médias publiques unies, sans une même une justice pour tous et sans des cursus identiques pour tous. Il n’existe pas d’Etat où l’économie subit ce que connaît l’économie libanaise, où l’arme utilisée n’est pas celle de l’armée chargée de veiller à sa sécurité et ses frontières, où il n’a pas de place à la confiance entre les responsables et décideurs. Les décideurs se doivent aujourd’hui d’unir le front et de transcender toutes les divergences et causes à l’origine des discordes, d’autant plus que ces derniers ne forment pas un gouvernement ordinaire, mais plutôt, et tel que déclaré dans leur communiqué ministériel, de représentants de forces actives sur le terrain ; des forces qui cependant se sont octroyés la plus grande mission celle de réussir le périple de sauver le Liban. Sinon quel sens la légitimité aurait-elle ? C’est ce qui est requis de la légitimité et pour cette dernière en fait, car la légitimité ne se limite pas au chef de l’état uniquement, ni au parlement à lui seul, si au gouvernement à lui seul, mais s’étend plutôt aux trois regroupés, aux leaders, aux intellectuels et aux références en matière de défense de droit telles que le Barreau et le système judiciaire. 
3- Libérer le territoire.
4- Lutter contre la violence car cette dernière ne résout pas un problème mais en crée.
5- Garantir une même justice et un même système judiciaire pour tous
6- Observant de près avec intérêt et inquiétude le parcours vers le salut du Liban et les obstacles à ce salut, le Barreau affirme que l’unification, la justice, la libération, et l’entente sont les piliers de base du salut de ce pays qui permettent d’ancrer la présence libanaise grâce à une solution libanaise, afin que cette présence puisse résister inébranlablement à toutes les secousses éventuelles cherchant à la déstabiliser ».

A la fin du mandat du Bâtonnier Karam en Novembre 1987, mandat qui fut prorogé de deux ans supplémentaires en raison des événements, des élections ont été tenues et ont abouti à l’élection du Bâtonnier Raymond Eid. Le pays sombrait encore dans une crise sécuritaire et politique dont l’intensité montait en escalade au fur et à mesure que l’on se rapprochait de l’échéance constitutionnelle, concrétisée par l’élection d’un nouveau président de la république en 1988.

Les prémisses de la crise commençaient à apparaître à l’horizon et à prendre de l’ampleur jour après jour, ce qui poussa l’ensemble des entités n’ayant pas participé à la guerre à appeler à une réunion de consultation, à publier des communiqués, et à effectuer des entretiens et des médiations avec les différentes parties afin de choisir un nouveau président sur lequel tout le monde s’accorde afin d’éviter au pays l’éventualité de sombrer dans le chaos avec l’approche de l’échéance. Le Conseil de l’Ordre des Avocats dût alors prendre l’initiative d’appeler à l’action l’ensemble les syndicats et associations de professions libérales. C’est ainsi qu’en date du 12/9/1988 les membres des associations de professions libérales au Liban se sont réunis au siège de l’Ordre des Avocats à Beyrouth et ont publié, après consultation, un communiqué dans lequel ils ont affirmé leur solidarité avec toutes les institutions, organismes et associations œuvrant pour l’unité du pays. Ils ont appelé à la nécessité de faire en sorte à ce que l’intérêt publique et national prédomine le reste, en tenant des élections présidentielles à temps avant l’échéance constitutionnelle. Ils ont également appelé les parlementaires, notamment les confrères parmi eux, à se rendre au Palais Mansour (palais du parlement provisoire à l’époque) le lendemain (13 septembre 1988) et d’y demeurer jusqu’à ce que le nouveau président soit élu.
Les décisions prises lors de la réunion des syndicats et associations de professions libérales furent transmises aux représentants des grandes puissances dotés d’un statut de membre permanent au sein du Conseil de Sécurité.

L’échéance constitutionnelle n’était pas la seule préoccupation du Conseil de l’Ordre sous le mandat du Bâtonnier Eid; en effet, à maintes occasions, le barreau a tenu des réunions extraordinaires afin de débattre de la dégradation de la conjoncture sécuritaire, et a appelé à mettre fin aux combats et bains de sang. Le 22/3/1989, le Conseil de l’Ordre se réunit sous l’égide du Bâtonnier Eid et en présence de la totalité de ses membres pour débattre des problèmes de coupure de routes et de fermeture des barrages de démarcation. Il condamne ce genre d’actes qui paralyse les institutions constitutionnelles, appelle l’ensemble des libanais à être solidaires et à unir leur rangs et dénonce les bombardements, les carnages et les actes de génocide, auxquels est soumis le peuple libanais au vu et au su des peuples du monde entier qui prétendent défendre les droits de l’homme et les libertés. Le Conseil de l’Ordre envoie ce jour-là des missives urgentes à l’Union des Avocats Arabes et aux différentes fédérations et unions d’avocats de par le monde pour leur transmettre l’image réelle de la situation prévalant au Liban.

Répondant à l’appel du devoir, le Barreau, fidèle à son habitude, eut des prises de positions nationales sous le mandat du Bâtonnier Raymond Chédid. Parmi celles-ci, la position adoptée en réaction à l’assassinat du Moufti de la République Cheikh Hassan Khaled le 16/5/1989, ainsi que les actions et initiatives prises lors de la tenue des réunions du Taef, lorsqu’il appela, dans un communiqué, les parlementaires réunis à prendre des décisions libres et à s’opposer aux ingérences étrangères dans les affaires internes du Liban.

La chance ne fut pas plus au rendez-vous lors du mandat du nouveau Bâtonnier Sioufi ; en effet, les combats ne se sont pas arrêtés atteignant même leur apogée ; le mandat du nouveau bâtonnier en était déjà à sa moitié lorsque les événements du 13/10/1990 eurent lieu.

 

 

Tout au long de l’année, les belligérants de Beyrouth Est ne connurent pas de trêves, poursuivant sans relâche leur combat armé. Le Conseil de l’Ordre a continué à lancer des appels à la réconciliation, à l’entente et à l’unité par le biais de communiqués, de déclarations, d’initiatives et de tentatives pour que l’unité se substitue à la division et que la voix de la justice et du droit masque toutes les autres.

Le Bâtonnier Sioufi n’a ménagé aucun effort à cet égard, tant sur le plan interne que lors des congrès et conférences juridiques auxquels l’Ordre participait. En effet, lors de ses réunions tenues à Sanaa du 9 au 12 Décembre 1989, le Bureau Permanent de l’Union des Avocats Arabe , et sur instigation de la délégation de l’Ordre formée de maître Omar Zein, membre du Conseil de l’Ordre représentant le Bâtonnier Sioufi, et maître Maroun Haddad représentant le Conseil de l’Ordre, le Bureau Permanent a publié un communiqué, dans lequel il a appelé les institutions libanaises jouissant d’une certaine légitimité à remuer ciel et terre pour restaurer la souveraineté et l’état de droit sur l’ensemble du territoire libanais, afin de consolider l’unité du Liban, la démocratie et le respect de l’être humain. Le 14/11/1990, sous l’égide du Bâtonnier Sioufi, le conseil de l’ordre a rendu visite à Son Excellence le Président de la République, et a mis en exergue, lors d’un discours prononcé à l’occasion, le rôle pionnier de l’Ordre des Avocats de Beyrouth an niveau national depuis la création du barreau. Ce rôle se résume en trois points :
- L’unité nationale, à savoir, l’unité territoriale, l’unité du peuple et des institutions.
- La souveraineté nationale, car un état ne peut jouir d’une liberté et d’une indépendance sans recouvrer sa souveraineté et déployer sa propre armée sur l’ensemble du territoire.
- Le respect des libertés publiques et des droits de l’homme, véritable pilier de base de la démocratie au Liban.
Ces grands titres étaient pour le Bâtonnier Sioufi et le Barreau de véritables constantes, car l’indépendance du Liban et du libanais ne pouvait être envisagée en l’absence d’un respect des libertés fondamentales et des droits de l’homme.

Une fois le calme restauré, et à un moment où l’Etat commence à reprendre son rôle et retrouver ses forces, il est normal pour le Barreau de participer aux appels lancés pour l’instauration d’un état de droit garant des libertés publiques et des droits de l’homme, capable d’étendre son pouvoir légitime à l’ensemble du pays pour restaurer son unité et sa souveraineté. Tel était le climat qui accompagna le parcours du Conseil de l’Ordre sous le mandat du Bâtonnier Samir Abillamaa. En effet, lors d’une visite au chef du parlement en date du 20/12/1991, à la tête d’une délégation du Conseil de l’Ordre, le Bâtonnier Abillamaa a affirmé l’attachement du barreau aux principes adoptés depuis sa création et sa détermination à défendre les libertés publiques, la démocratie et les droits de l’homme. 
Les efforts déployés par le Conseil de l’Ordre à cet effet ne se sont pas limités aux frontières nationales du pays, les transcendant plutôt à chaque fois qu’il y a lieu pour attirer l’attention des pays intéressés par la cause libanaise. A cet égard, le Bâtonnier Abillamaa, accompagné de son homologue le Bâtonnier du Barreau du Nord Hassan El Mer’hby, a rendu visite au président Egyptien Housni Moubarak pour lui demander d’œuvrer pour la mise en application des résolutions internationales relatives au Liban et notamment la résolution 425, stipulant le retrait d’Israël du Sud Liban et de la Bekaa.

A une autre occasion, et dans le cadre d’un congrès sur la reconstruction du Liban tenu à l’hôtel Summerland en date du 12/11/1992, le Bâtonnier Abillamaa, donne une conférence axée autour des deux thèmes de la paix et de la reconstruction au Liban, dans le cadre de laquelle il a exprimé son souhait de voir les Libanais forger un jour leur propre paix sur leur territoire, ce même territoire qui avait été embrasé par des concoctées par les autres. Il insiste sur le fait que la participation des avocats à ce Congrès en leur qualité d’hommes de droit constitue une preuve de l’intérêt social à assurer à l’individu tout comme à la patrie une vie digne.

Il est normal que l’Ordre des Avocats réagisse à tout événement portant atteinte à la dignité du Liban ou des libanais, quel que soit l’endroit où ils se trouvent sur l’ensemble du territoire libanais, et surtout si c’est le sud de la patrie qui est victime d’agression. En effet, le Barreau a pris bon nombre de positions concernant le Sud Liban depuis le début des agressions israéliennes. Parmi ces prises de positions, et à titre indicatif, le communiqué publié par le Conseil de l’Ordre en date du 28/7/1993 sous le mandat du Bâtonnier Abillamaa, et qui a souligné les contacts entrepris par le Conseil avec l’Union des Avocats Arabes et l’Union International des Avocats ainsi que les Barreaux de Paris et de Londres, afin de les pousser à prendre une même et unique position vis-à-vis des sérieuses violations perpétrées par Israël contre le Liban. Le communiqué a également salué le rôle de l’armée libanaise et a appelé au respect des droits de l’homme et de la souveraineté des nations. Il a de même appelé à un ralliement autour du Barreau et au soutien de ce dernier à tous les niveaux.

Aujourd’hui, sous le mandat du Bâtonnier actuel Michel Khattar, l’Ordre des Avocats continue dans la même lignée en adoptant les positions nationales adéquates face aux différents événements ou incidents.

C’était là un bref aperçu du parcours du Barreau de Beyrouth et de ses positions nationales qui, dans leur ensemble, constituent une longue lutte encore inachevée, une lutte qui s’inscrit dans le cadre de la mission de la profession juridique et dont les mots d’ordre sont la défense de la justice, de la liberté, de la démocratie et de l’état de droit.

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